«Oh, I went out of my mind
I am caught here one more time
I know how it feels tonight
I can do nothing about it
But it feels so right,
I want it tonight
You feel so right»
J'allume la dernière cigarette de mon paquet. Il est 17h00 passé et il fait déjà noir. C'est ce que ça fait quand on est rendu à changer l'heure d'été pour celle de l'hiver. En plus, il fait froid. Un froid sec. Je commence à ne plus sentir les jointures de mes doigts. Je me vide la tête. J'essaie de ne penser à rien. Comment faire? Tu n'es plus là... Les larmes me gèlent pratiquement sur les joues.
J'attendais ton appel comme à l'habitude. Je naviguais sur l'Internet en ne sachant que faire. Tu me disais souvent que je n'avais pas de devoir à faire, que tu en avais beaucoup plus que moi. Cette fois-là c'était le cas. Il me restait seulement à finir ma toile pour mon cours du lendemain. Tu me reprochais aussi ma procrastination. Faire les choses à la dernière minute, j'en ai l'habitude. Ça m'a souvent couté aussi.
Ma patience ayant atteint ses limites, je décide de t'appeler sur ton cellulaire pour savoir pourquoi tu ne me téléphone pas pour que je vienne te chercher. Ce n'est pas toi qui répond, mais une voix féminine. Une de tes amies? Non, elle semble plus âgée qu'elles. Elle me demande à qui elle à affaire. Je me présente. Elle change de ton, se racle la gorge. Mauvais pressentiment. Je commence à m'inquiéter. Elle se dit infirmière de l'Hôpital Laval. Mes jambes se mettent à trembler, mon c½ur à se débattre. Elle prend son temps pour m'expliquer ce qui t'es arrivé. « Un malheureux accident » qu'elle s'amuse à appeler. « On a fait tout ce qu'on pouvait. » Le cellulaire me tombe des mains. Tout autour de moi devient flou, intangible. Mon monde semble chavirer, notre monde. Tous mes espoirs, nos projets viennent de s'écrouler devant moi. Ce qui me reste, c'est seulement des images qui défilent à vive allure dans ma tête. De merveilleux souvenirs passés avec toi où nous sommes tous deux heureux.
À jamais graver dans ma mémoire, tatoué sur mon c½ur, tu resteras la personne qui aura été la plus importante dans ma vie. Celle qui aura eu le plus de signification à mes yeux. Celle avec qui je me voyais vieillir heureux et épanoui. Malheureusement, je vais devoir continuer notre route seul. Seul, pieds nus, dans le froid de l'hiver qui s'amène. Celui pour lequel tout gèle, s'endort et meurt le temps de quelques mois. Je vais me laisser geler, mourir moi aussi. Espérons seulement que le printemps saura me réchauffer et me ramener à la vie.